Théâtre
“La Joie”, d'après Charles Pépin : Amor fati
Le joie © Louis Barsiat/Théâtre La Reine Blanche
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine, en kiosque le 26 septembre 2024.
Olivier Ruidavet adapte et interprète le roman La Joie de Charles Pépin dans un seul-en-scène qui affirme, sans optimisme béat mais avec une lucidité lumineuse, le plaisir d’exister.
« J’ai cette vie-là à aimer […] et c’est déjà bien assez. » Cette affirmation d’apparence banale prend dans la bouche de Solaro toute la beauté de la subversion. Seul en scène, le comédien Olivier Ruidavet adapte et interprète ce héros solaire du roman de notre chroniqueur Charles Pépin, La Joie. Avec une économie de moyens – un jeu de lumière projeté sur une toile tendue formant un angle, un recoin dans lequel d’autres pourraient se résigner ou se complaire, mais dont son personnage arrive toujours à s’extraire –, il donne corps à cette voix nietzschéenne qui refuse les arrière-mondes et dit son assentiment au monde. Son « plaisir d’exister qui donne envie de chanter ». Il ne fait pas preuve d’optimisme béat. Au contraire, considérant tout espoir comme un « poison » et n’espérant plus rien, il ne professe que d’« aimer ce qui est », au présent. « Toutes choses, absolument toutes choses qui nous adviennent, tournent constamment à notre avantage », affirme Nietzsche, autrement provocateur. Il appelle ce grand oui l’« amor fati » ; le philosophe Clément Rosset, prolongeant sa pensée, parle, lui, d’une « force majeure ». Car la lucidité nous impose la joie, seule capable, parce que sans raison, de rendre l’existence possible dans l’acceptation de cette vérité tragique, à savoir que rien n’a de sens. Ainsi, qu’il goûte la chaleur de l’été ou l’étreinte des corps, qu’il affronte la mort d’un parent ou l’épreuve de la prison, Solaro resplendit… désormais sous le feu des projecteurs !