Entretien

Kevin Hiridjee : “Il n’y a plus de modèle de père”

Temps de lecture : 6 min

Kevin Hiridjee : “Il n’y a plus de modèle de père”

Kevin Hiridjee, psychologue et psychanalyste, directeur de la revue “Carnet Psy”. © Patrice Normand/Leextra/Editions Fayard

Cet article est réservé aux abonnés.

Et si la fin du patriarcat permettait à des nouvelles formes de paternité d’émerger et de gagner en visibilité ? En demandant si les « nouveaux pères » sont un mythe ou une réalité, le psychologue et psychanalyste Kevin Hiridjee, directeur de la revue Le Carnet psy, livre son regard « sur les paternités d’hier et d’aujourd’hui » et pose une question cruciale mais à laquelle il n’est pas si simple de répondre : Qu’est-ce qu’un père ? (Fayard, 2024).


Votre livre s’ouvre sur le récit d’un souvenir personnel qui vous a fait dire « Un père, c’est ça ». 

Kevin Hiridjee : Je viens d’une famille composée de nombreuses femmes, dont beaucoup travaillaient dans la confection de dessous féminins. Et je me suis souvenu d’une scène où, m’étant retrouvé déguisé en petite fille par ma tante et par ma mère et jubilant de ce moment de flottement identitaire, mon père avait surgi. Tout à coup, j’étais confronté à son regard. Voilà qui incarne vraiment la figure du père, de l’archétype paternel : «Un père, c’est ça ». Autrement dit, celui qui s’interpose, qui sépare la mère de son fils (et même qui l’extrait de la mère) mais aussi qui ouvre vers d’autres horizons, qui refuse l’inceste. Un père œdipien en quelque sorte. En même temps, en observant autour de moi, en discutant avec des gens et en écoutant des patients, j’ai constaté que cette figure-là n’était plus dominante et que d’autres figures paternelles avaient fait leur apparition. Il m’est clairement apparu que les patients que je recevais en consultation ne s’inscrivaient plus dans ce modèle patriarcal. C’est pour décrire cela que j’ai voulu faire ce livre. 

 

Vous l’avez compris plus tard, rétrospectivement ?

Le moment de ma propre analyse a joué un rôle décisif, car je me suis alors demandé à quoi je m’accrochais, c’est-à-dire à quelle idéalisation j’étais arrimé. Il m’a fallu faire le deuil de ce père-là et il m’a fallu un certain temps pour que j’accepte que pouvaient exister des pères différents de cette figure divinisée d’un père tout-puissant, avec sa grosse voix, dont le jugement s’exerce comme le Dieu de l’Ancien Testament. D’autres pères que le mien, si je puis dire. Et j’ai compris qu’être père ce n’était pas ça, ou pas uniquement ça. 

Cet article est réservé aux abonnés