Chanson

Charles Aznavour, philosophe malgré lui ?

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Charles Aznavour, philosophe malgré lui ?

Tahar Rahim incarne Charles Aznavour dans le film ‘Monsieur Aznavour’, réalisé par Mehdi Idir et Grand Corps Malade. © Tukimuri

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Incarné de manière très convaincante par un Tahar Rahim méconnaissable, Charles Aznavour est ce mercredi « en haut de l’affiche » grâce au film qui lui est consacré, Monsieur Aznavour, dès demain en salles. L’occasion pour nous de revenir sur ce qu’il y a de philosophie dans la mélancolie douce-amère de ses chansons hantées par la question du temps qui passe.  


La bande annonce du film Monsieur Aznavour, de Mehdi Idir et Grand Corps Malade, avec Tahar Rahim, en salles le 23 octobre.

Philosophe, Charles Aznavour ne l’était pas. Quand on lui demandait quelle était sa « philosophie de la vie », il répondait sans ambages qu’il n’en avait pas : « Je n’ai pas le temps de penser à cela, affirmait-il. Ma seule philosophie est que j’ai une vie, et je dois la vivre. C’est tout. Je n’ai pas de formule ou quoi que ce soit, ni pour l’amour, ni pour la façon de vivre, pour rien. Je suis un battant. J’aime la vie. J’aime tout de la vie. La vie m’a offert le plus beau cadeau. Alors pourquoi essayer de définir une philosophie ? » Mais si Charles Aznavour se refusait à définir une philosophie, il reste possible de dégager plusieurs thématiques philosophiques qui parcourent son œuvre. 

 

“La Bohème” : comment l’âme humaine répare la discontinuité du temps

Écrite par Jacques Plante en 1965, La Bohème est la chanson la plus célèbre d’Aznavour, et sans aucun doute sa plus emblématique, y compris à l’international. Elle exprime la nostalgie d’un Paris de cartes postales mâtinée de souvenir d’un amour de jeunesse aux accents très romantiques, le tout dans un dénuement sublimé par la joie de vivre et l’insouciance de la vie d’artiste. Mais ce qui frappe surtout dans les paroles de cette chanson, c’est le contraste entre deux époques qui semblent absolument irréconciliables. D’un côté, « un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », un temps plein d’amour de génie et de folie, et, de l’autre côté, un Montmartre terne qui « semble triste » « dans son nouveau décor ». Tout le passé semble disparu, comme a disparu cet « air du temps » qui faisait vivre les amants : « plus rien ne subsiste » de l’atelier et « les lilas sont morts », de sorte que « la bohème, ça ne veut plus rien dire du tout ». On peut dire pourtant que les passé et le présent coexistent dans la conscience du peintre devenu chanteur. Ses souvenirs sont vifs et précis, et la mémoire permet de sauver le passé de l’oubli et de le faire subsister, voire de se superposer au présent. D’Augustin à Bergson en passant par Husserl, plusieurs philosophes ont souligné la puissance de cette faculté de « rétention » qui permet à ce qui n’est plus d’être encore. Dans ses Confessions, Augustin s’adresse à son âme pour écrire « c’est en toi que je mesure le temps. L’impression que produisent en toi les choses qui passent persistent quand elles ont passé ». On comprend mieux que c’est à l’intérieur de la conscience du chanteur, elle-même vieillissante, que résonne l’écho de la transformation du quartier parisien. 

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