Le discours philosophique de la modernité : Douze conférences

Une recension de Cécilia Bognon-Küss, publié le

01_Postmodernité ?

L’homme du XXe siècle s’est montré capable de la plus absolue inhumanité. Il a mis les progrès de la technique au service de la barbarie : Auschwitz et Hiroshima incarnent le visage d’une rationalité purement instrumentale, indifférente à toute moralité. Plusieurs courants de pensée ont diagnostiqué là l’échec de la modernité héritée des valeurs des Lumières : universalisme, rationalisme, progressisme. Qu’il s’agisse de la « dialectique négative » d’Adorno (la raison devient instance de domination), de la « généalogie » de Foucault (le sujet est le produit de dispositifs de pouvoir) ou de la « déconstruction » de Derrida (la conscience apparaît comme une illusion produite par le langage), les théories de la postmodernité ont livré une critique radicale de la raison « éclairée ». L’aspiration du sujet à s’émanciper par la raison serait une illusion cachant une logique de domination instrumentale du monde. C’est dans ce contexte qu’Habermas, disciple d’Adorno à l’École de Francfort qui s’est peu à peu détaché de la vision de ses pères, veut confronter la critique postmoderne au projet moderne qu’elle prétend récuser.

 

02_Le problème de la modernité

Habermas propose une genèse du problème de la modernité. La religion et la métaphysique n’étant plus les fondements du réel, la conscience historique moderne a trouvé son principe en elle-même. C’est dans son for intérieur que le sujet autonome doit trouver le fondement de son action et de la vérité. Or ce fondement a montré sa fragilité. Sur ce point, les théories postmodernes ont vu juste. Habermas leur oppose cependant deux objections. Elles réduisent la modernité à sa dimension négative, la domination de la raison instrumentale. Et, en s’excluant, par simple décret, de la modernité, elles refusent de se soumettre aux exigences de justification et à la discussion argumentée.

 

03_Raison communicationnelle

Il s’agit d’élaborer une théorie de la modernité capable de soustraire la rationalité des « limites de la raison moderne centrée sur le sujet ». Car c’est là que le bât blesse. Les postmodernes ont en un sens raison : il y a bien un « épuisement » du discours de la modernité, mais c’est moins la raison qui en est responsable que le fondement qui a commandé son essor depuis la fin du XVIIIe siècle : le sujet. En fait, les postmodernes restent prisonniers de ce paradigme de la philosophie de la conscience en réduisant la raison à un instrument de connaissance et de maîtrise. Habermas invite à un changement de paradigme : c’est dans l’« agir communicationnel », dans l’interaction du langage, que l’on pourra retrouver la raison et achever le projet de la modernité.

Sur le même sujet

Article
1 min

Le 20 janvier 1942, quinze dignitaires du IIIe Reich sont conviés à une mystérieuse conférence à Wannsee. Ils en découvrent le motif à la dernière minute : la Solution finale.   .embed-container { position: relative; padding-bottom:…



Article
4 min
Octave Larmagnac-Matheron

Avec la Conférence des oiseaux, le poète persan Farid ad-Din ˛Attar (v. 1145-1220) conte au fil d’un voyage imaginaire l’itinéraire mystique du soufisme persan, pour lequel Dieu n’est pas extérieur au monde, mais présent dans la totalité de l…




Article
10 min
Cédric Enjalbert

La gauche a-t-elle les moyens, avec ses propres valeurs, de faire face au monde qui vient ? Ou devra-t-elle revoir son « logiciel » ? Enquête. …

Recherche modernité désespérément